Une piste à suivre, celle du film de Eric Valli (L'enfance d'un chef).
La Piste ...
C'est un film lent, mais sans longueurs, qui va au rythme des pas de ceux qui marchent dans le désert.
Un voyage initiatique, une quête du bonheur.A la recherche du temps et des illusions perdues.
Une jeune ado (Grace) a décidé de retrouver son père ex géologue européen installé en Afrique.
Mais à peine l'a-t-elle retrouvé, à peine a-t-il eu le temps de lui ouvrir les yeux sur son "royaume", comme une initiation, qu'il disparaît. Il fallait (entraide indispensable oblige) qu'il porte des médicaments à une ferme voisine ... à des dizaines de km de là.
En avion, ça va vite.
Oui, mais le temps se gâte, il est pressé de retrouver sa fille et pense qu'il pourra revenir avant la tempête.
Première illusion perdue. Comme lui, quelque part, dans le désert.
Debut de la quête de Grace, jeune fille entêtée qui commence par retrouver un ami perdu. Kadjiro, Ami de ses parents, Himba qui a tout perdu parce qu'il n'a plus de vaches.
Ses vaches, dont il connait le nom de chacune jusqu'à de lointaines générations, "il les a bues", par dépit d'une amitié perdue. Alors ce voyage commence, parce que Grace, Kadjiro et la vieille gouvernante y croient.
Il est vivant, quelque part dans le désert, là où il ne devrait pas être. Il faut savoir croire en ses espérances, et aux signes, même au delà du rationnel.
Difficile à admettre pour des esprits cartésiens. Difficile de franchir la limite, d'aller vers l'inconnu. Il faut risquer sa vie. Et ensuite marcher au delà de ses propres limites. Savoir regarder autour de soi pour y trouver de quoi survivre.
Et Kadjiro le Himba va retrouver peu à peu sa dignité, parce que lui sait. Il connaît le désert... Même si parfois il désespère ...
Et le père, pendant ce temps ? Retrouvé par des guerilleros déjantés qui semblent garder une ville fantôme en plein désert. Parce qu'ils y ont trouvé un jour quelques diamants, et qu'ils en espèrent beaucoup d'autres. Et voilà un ex-géologue qui leur tombe du ciel. Lui, il sait lire la pierre. Il sait encore regarder et voir.
Eux, ils ont perdu leur âme quelque part dans des luttes fratricides et cruelles. L'un, très jeune est muet et hanté par des cauchemards. Un autre, extrêmement brutal, n'a même plus de rêve. Et le chef, dont on devine petit à petit le reste d'humanité, est d'une lucidité déspespérée. Lui sait que tous courent après des chimères inutiles.
- "Mais toi", dit-il au géologue, "tu rêvais à quoi quand tu étais enfant ?"
- "Je crois que je voulais sauver le monde ... je n'ai même pas sauvé ma famille ..."
Regards entendus, inutile de commenter. Illusions perdues, rêves évaporés.
Bien sûr, la fille et le père se retrouveront. Bien sûr, le géologue aura su trouver les diamants, là où personne n'avait pensé à simplement regarder en attendant patiemment le bon moment.
Evidemment, pour certains, ça va tourner au drame. Parce qu'ils ne savent plus construire ni penser un avenir. Et parce que leurs rêves sont médiocres, ils vont en crever.
Sauf un, le jeune muet qui se sauve parce qu'il avait garder son âme d'enfant.
Regardez bien, on la voit sur les images, accrochée à son sac à dos...
Et le film se termine sur une image de titanic. Ceux qui se sont sauvés (pas des héros, le terme ne conviendrait pas ... ils ont juste fait ce qu'ils devaient) sont là, debout à la proue d'un navire échoué sur le sable, et à moitié enseveli.
Telle l'Afrique, où le sable avance, où les richesse sont pillées, où ceux qui en profitent ne les voient même plus et s'abîment dans des luttes inutiles ou construisent des chimères tandis que d'autres en crèvent. Au milieu de ce désastre, certains arrivent à survivre avec un minimum de dignité, mais sans trop d'illusion.
Sauver ce qui peut l'être, et se souvenir ...
"Ceux qui sont importants, ce sont les vieux parce qu'ils sont la mémoire et les enfants parce qu'ils sont l'avenir" dira Kadjiro à la jeune fille qui cherche à comprendre ...
Nous ne sommes qu'un instant dans l'histoire des hommes ... Ce film nous le rappelle et illustre aussi le drame de l'Afrique, sans grande démonstration, juste par quelques mots échangés, et des images magnifiques. |