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Ousmane Sembène

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» Reportages & Interviews » People » Ousmane SembèneParu le 15 Juillet 2007 - Auteur : cisse
Ousmane Sembène (né le 1er janvier 1923 à Ziguinchor, Sénégal, mort le 9 juin 2007 à Dakar, Sénégal), était un réalisateur sénégalais. Mais il était aussi acteur, scénariste, écrivain et surtout militant obstiné, construisant son œuvre multiforme sur son engagement politique et social.

Biographie
Ousmane Sembène est né le 1er janvier 1923 à Ziguinchor, une ville de la Casamance. À partir de 7 ans, il fréquente l’école coranique et l’école française, apprenant à la fois le français et l’arabe, alors que sa langue maternelle est le wolof.

En 1942, il est mobilisé par l’armée française et intègre les tirailleurs sénégalais.

En 1946, il embarque clandestinement pour la France et débarque à Marseille, où il vivra de différents petits travaux. Il sera notamment docker au port de Marseille. Il adhère à la CGT et au Parti communiste français. Il milite contre la guerre en Indochine et pour l’indépendance de l’Algérie.

En 1956, il publie son premier roman, Le Docker noir qui relate son expérience de docker. Il sera suivi en 1957 par Ô pays, mon beau peuple. En 1960, il publie un nouveau roman, les Bouts de bois de Dieu qui raconte l’histoire de la grève des cheminots en 1947-1948 du Dakar-Niger, la ligne de chemin de fer qui relie Dakar à Bamako. L’histoire se déroule parallèlement à Dakar, Thiès et Bamako sur fond de colonialisme et de lutte des cheminots pour accéder aux mêmes droits que les cheminots français.

En 1960, l’année de l’indépendance du Soudan français — qui devient le Mali — et du Sénégal, Ousmane Sembène rentre en Afrique. Il voyage à travers différents pays : le Mali, la Guinée, le Congo. Il commence à penser au cinéma, pour donner une autre image de l’Afrique, voulant montrer la réalité à travers les masques, les danses, les représentations.

En 1961, il entre dans une école de cinéma à Moscou. Il réalise dès 1962 son premier court-métrage Borom Saret (le bonhomme charrette), suivi en 1964 par Niaye.

En 1966 sort son premier long-métrage, qui est aussi le premier long métrage « négro-africain » du continent, intitulé La Noire de... (Prix Jean Vigo de la même année). D'emblée, Ousmane Sembène se place sur le terrain de la critique sociale et politique avec l'histoire d’une jeune sénégalaise qui quitte son pays et sa famille pour venir en France travailler chez un couple qui l’humiliera et la traitera en esclave, la poussant jusqu'au suicide.

Considéré comme l'un de ses chefs-d'œuvre et couronné par le Prix de la Critique Internationale au Festival de Venise, Le mandat (1968) est une comédie acerbe contre la nouvelle bourgeoisie sénégalaise, apparue avec l'indépendance.

En 1979, son film Ceddo est d'ailleurs interdit au Sénégal par le président Léopold Sédar Senghor qui justifiera officiellement cette censure par une « faute » d'orthographe : le terme ceddo ne s'écrirait (selon lui) qu'avec un seul « d » ! Évidemment, l'explication est fantaisiste, le pouvoir sénégalais ayant en fait à cœur de ne pas froisser les autorités religieuses, notamment musulmanes. Sembène relate la révolte à la fin du XVIIe siècle des Ceddos, peuple aux convictions animistes qui refuse de se convertir. Il attaque ainsi avec virulence les invasions conjointes du catholicisme et de l'islam en Afrique de l’Ouest, leur rôle dans le délitement des structures sociales traditionnelles avec la complicité de l'aristocratie locale.

En 1988, malgré le prix spécial du jury reçu au Festival de Venise, il est victime à nouveau de la censure, mais en France cette fois-ci, avec Le Camp de Thiaroye, film hommage aux tirailleurs sénégalais et surtout dénonciation d'un épisode accablant pour l'armée coloniale française en Afrique, qui se déroula à Thiaroye en 1944.

En 2000, avec Faat Kiné, il débute un triptyque sur « l’héroïsme au quotidien », dont les deux premiers volets sont consacrés à la condition de la femme africaine (le troisième, La Confrérie des Rats était en préparation). Le second, Mooladé (2003), aborde de front le thème très sensible de l'excision. Le film relate l’histoire de quatre fillettes qui fuient l’excision et trouvent refuge auprès d’une femme, Collé Ardo (jouée par la Malienne Fatoumata Coulibaly), qui leur offre l’hospitalité (le Mooladé) malgré les pressions du village et de son mari. Sembène a récolté à cette occasion une nouvelle kyrielle de récompenses en 2004 : prix du meilleur film étranger décerné par la critique américaine, prix Un Certain Regard à Cannes, prix spécial du jury au festival international de Marrakech entre autres.

Des récompenses qui viennent compléter une liste décidemment très longue, dans laquelle on remarquera notamment le prestigieux prix Harvard Film Archive décerné par l'Université Harvard de Boston en 2001. Sembène semble heureusement ne s'être jamais assoupi dans une autosatisfaction molle et confortable. L'infatigable revendique toujours un cinéma militant et va lui-même de village en village, parcourant l'Afrique, pour montrer ses films et transmettre son message.

Le 9 novembre 2006, quelques mois avant sa mort, il reçoit, à la résidence de l'ambassadeur de France à Dakar, les insignes d'officier dans l'ordre de la Légion d'honneur de la République française[1].

Malade depuis plusieurs mois, il meurt à l'âge de 84 ans à son domicile à Yoff le 9 juin 2007. Il est inhumé au cimetière musulman de Yoff.

Filmographie
1963 : Borom Sarret, court-métrage
1963 : L’Empire songhay, court-métrage documentaire
1964 : Niaye
1966 : La Noire de... (scénariste, réalisateur)
1968 : Le Mandat (Mandabi) (scénariste, réalisateur)
1970 : Taaw, court-métrage
1971 : Emitaï (Dieu du tonnerre) (scénariste, réalisateur)
1974 : Xala (scénariste, réalisateur)
1976 : Ceddo (scénariste, réalisateur, acteur)

Bibliographie

Écrits de Sembène
1956 : Le Docker noir, (Éditions Présence africaine), 2000, ISBN 2708702939
1957 : Ô pays, mon beau peuple
1960 : Les Bouts de bois de Dieu
1962 : Voltaïque
1964 : L'Harmattan
1965 : Le Mandat
1973 : Xala
1981 : Le Dernier de l'Empire
1987 : Niiwam, suivi de Taaw (Éditions Présence africaine)
"Vehi-Ciosane, ou, Blanche-Genèse : Suivi du Mandat", Ed.: Société Nouvelle Présence africaine, 2000, ISBN 2708701703

Écrits sur Sembène [modifier]
(de) Pierre Haffner, « Der Widerstandskämpfer: Sembène Ousmane », dans Revue pour le cinéma français (CICIM), n° 27-28, Institut français de Munich, 1989, p. 76-92 (d'après une interview de 1977)
(en) Samba Gadjigo, Ousmane Sembène: Dialogues with Critics and Writers, Amherst, University of Massachusetts Press, 1993
(en) David Murphy, Imagining Alternatives in Film and Fiction - Sembene, Oxford, Africa World Press Inc., 2001
(en) Sada Niang et Samba Gadjigo, « Interview with Ousmane Sembene », Research in African Literatures, 26:3 (automne 1995), p. 174-178
(en) Françoise Pfaff, The Cinema of Ousmane Sembène, New York, Londres, 1984
(fr) « Sembène Ousmane », CinémAction, n° 34, 1995
(fr) Sada Niang, Littérature et cinéma en Afrique francophone : Ousmane Sembène et Assia Djebar, Paris, L’Harmattan, 1996
(fr) Paulin Soumanou Vieyra, Ousmane Sembène : cinéaste. Première période 1962-1971, Paris, Présence Africaine, 1972, 244 p
1987 : Le Camp de Thiaroye (scénariste, réalisateur)
1992 : Guelwaar
2000 : Faat Kiné
2003 : Moolaadé (scénariste, réalisateur)

  

 


        
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